La Royauté d’Ajasé

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Roi Alajase Onikoyi Abessan

Obá Onikoyi Abessan V est assisté par des dignitaires appelés Oloyé

Le Royaume de Ajashé :

Vers la fin du XVè siécle, des grandes vagues migratoires issues des peuples yoruba de Oyó (dans l’actuel Nigéria) se dirigent vers les contrés de d’ouest. Dans ce contexte, un groupe de guerriers et chasseurs dirigé par le Prince Anata (fils de Obaganju et descendent du roi Onikoyi) quitte Ikoyi-Ilé ver ouest (dans l’actuel Nigéria) accompagné par deux de ses frères: Akakpo et Ôgbón[a]. Le groupe échoue sur les bords de l’actuelle lagune de Porto-Novo (das l’actuel Bénin), un obstacle naturel infranchissable.

Onikoyi, comme d’autres dignitaires à la cour royale à Ilé-Ifè, et à Oyo-Ilé, (notamment Olugbon-Aresa) ont été élevés au rang de chefs de lignage par Oranmiyan après la fondation de Oyo-Ilé vers 1100 AD. Ils sont devenus ainsi respectivement les fondateurs des royaumes d’Ikoyi-Ile, Igbon et Iresa. De nouvelles aventures guerrières ont conduit leurs descendants à l’établissement d’autres chefferies érigées plus tard en royaumes avec à leur tête des « Oba ». Ainsi les descendants de Onikoyi, sont les fondateurs de Apomu, Ikoyiland, etc., au Nigéria, de Ajachè-Ilé au Bénin et se retrouvent à la tête de chefferies (Onikoyi de Ouidah,) etc.

La légende dit que ayant atteint la lagune et aprés la consultation divinatoire, le Prince Anata et ses deux frères déclarent Ájá, Ashègoun ôta, ibi di, ilé, ce que veut dire « nous nous sommes battus, nous avons vaincu l’ennemi, cet endroit devient notre demeure. Dont l’origine du mot Ájáshé (patrie des victorieux), connue aussi comme Jasin.

Le pince Anata bâti son palais à Ôkôro (Aklon ou Akron en langue gùn), un quartier de l’actuelle Porto-Novo. Anata est couronné roi vers 1485 et adopte le titre de Oba Onikoyi Obaganju Anata Abessan.

Le décryptage de l’oriki du Prince Anata permettra de découvrir les origines réelles de cet important personnage.
D’après l’analyse du « Oriki », ou « mlanmlan » (panégyrique) déclamé encore aujourd’hui par les femmes gardiennes de la tradition à la cour de Anata, il ressort ce qui suit :
-le patriarche Anata appartient à la corporation des chasseurs (sous la protection de la divinité Osoosi o Oshossi)
– Anata appartient à l’orilè (clan) de Omo Onikoyi, ou Olukoyi, roi de Ikoyi-Ilè (royaume situé au Nigéria actuel)
– Anata a les titres de « Ahorou Avaganjou » ou « Obaganju », le nom « Adjagounan » etc…
– Anata est désigné sous l’appellation « Ogun méjé ». il s’agit de la grande divinité de Ogun (le patron de toutes les corporations utilisant des instruments en fer)

Le royaume de Ajashé atteint son apogée sous le règne de son quatrième roi: Onikoyi Abessan Alàté IV (1625 – 1688).

Les invasions des Alladanou venant d’ouest avaient déjà commencé et en 1688 ils fondent a Ajashé le Royaume alladanou de Hogbonou sous le roi Tê Agbanlin. Les envahisseurs mettent en place une stratégie de domination basée sur le surnombre des Alladanou qui continuent à immigrer vers Ajashé et a réaliser un brassage avec les autochtones yoruba. Cela va conduire plus tard localement à un métissage dont le fond socio-culturel est le gùn.

Avec la invasion des Alladanou et la disparition du roi yoruba Onikoyi Abessan Alàté IV en 1688, la couronne de Onikoyi retourne à Ikoyi, une localité du Nigéria actuel.

Au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle, désireux de se soustraire au pouvoir des rois d’Abomey qui contrôlent le commerce des esclaves à Ouidah, des européens se tournent vers Porto-Novo. Les Portugais s’établissent ainsi à Ajashé (Hogbonou pour les alladanou) que le navigateur Eucharistus de Campos baptisera Porto-Novo en 1752. Puis arriveront les premiers affranchis du Brésil pour y ouvrir des comptoirs de négoce.

La disparition du roi yoruba Onikoyi Abessan Alàté IV en 1688 marque le début du Royaume de Hogbonou (des Alladonou) dans l’ancienne Ajashé. Toutefois, malgré cette situation on observe un regroupement des yoruba en général. À l’ancien palais yoruba de Ôkôro s’instale alors une longue période de régence entrecoupée de vacance du trône yoruba.

Voici la chronologie des régents du trône yoruba de Ajashé (Porto-Novo):

De 1688 à 1755 le trône yoruba reste vacant, car le prince Igbaro (héritié du dernier roi Onikoyi Abessan Alàté IV) était trop jeune pour affronter l’invasion des Alladanou.

De 1755 à 1811 Igbaro Ola devient régent.

De 1811 à 1839 le prince yoruba Idohu succède à son père, Cependant, il laisse le trône vacant parce que très occupé par ses affaires personnelles; en effet, il voyage beaucoup entre Ajashé et Lagos.

De 1840 à 1890, le prince régent se consacre d’avantage aux activités de la régence. Il dévient l’ami des rois Sodji et Toffa. Ces deux monarques de la dynastie royale de Tê Agbanlin (des Alladanou) le consultent souvent et lui reconnaissent son rang: ils l’appellent Tonon (propriétaire du pays).

De 1890 à 1907: régence de Onikoyi Ôlátúnji
De 1909 à 1926: régence de Onikoyi Olalèyè Ajao Sanni
De 1927 à 1938: régence de Onikoyi Ôlátúnji Oshupa
De 1939 à 1970: vacance du trône
De 1970 à 1987: régence de Onikoyi Sanni Sadiku
De 1987 à 1992: vacance du trône

Pendant toute la période de régence, les responsables de plusieurs collectivités familiales, membres de la cour royale de Abêssan participent à la gestion des affaires courantes. Ces sont les Houenou, Padonou, Kiki, Adomè, Hounkpatin, Oké, Kòssou, Salami, Vhewakonou, Ojouôlabi.

Après la disparition du roi Onikoyi Abessan Alàté IV en 1688, les pratiques d’assujettissement culturel et cultuel des yoruba instaurées par les Alladanou à Ajashé (Porto-Novo) ont été maintenues jusqu’à invasion coloniale française.

L’avènement de l’ére coloniale n’a pas contribué à l’amélioration de la situation des yoruba à Porto-Novo, surtout considérés au cours de cette période comme des « étrangers » venus du Nigéria.

Les explorateurs e les chroniqueurs français de l’Afrique ont surtout étudié l’histoire des monarchies ou des royaumes restés rebelles à l’issue des guerres de conquête coloniale. L’histoire des peuples qui ont précédé l’établissement de ces royaumes rebelles a été souvent laissée pour compte, nonobstant le passé glorieux de ces peuples et les vestiges qu’ils nous ont légués. L’histoire des royaumes de Ajashé, de Savé et de Kétu pour ne citer que ceux de la république du Bénin s’inscrit dans ce cadre.

L’avènement des indépendances en Afrique n’a apporté aucun changement dans le fonctionnement des anciennes monarchies dont la plupart ont même subi une dégradation continue en particulier dans les pays francophones. Au Bénin par exemple, la révolution communiste d’octobre 1972 qui a duré jusqu’à la fin des années 80 a été le fossoyeur des formes d’organisation coutumière (familles royales, religions traditionnelles, etc) considérés comme supports des pratiques rétrogrades. Au cours de cette période, toutes les manifestations on été suspendues dans les couvents traditionnels, les palais royaux et dans les cercles culturels d’obédience traditionnelle.

L’avènement du « Renouveau Démocratique » qui a marqué la fin de la période révolutionnaire au Bénin en février 1990 a été également l’aube de la renaissance de la plupart des organisations traditionnelles déchues. Reconnues comme éléments importants de la société civile ces organisations ont pris une part non négligenciable dans l’édification du nouveau système.

Peu de temps avant le déclenchement du processus révolutionnaire de 1972 ou Bénin, et dans le but de briser le cycle ininterrompu de la régence du trône yoruba de Abêssan à Porto-Novo, les dignitaires de la famille royale décident de désigner un candidat à la succession de Onikoyi Obaganju Anata Abessan en la personne du prince Abdou Yèkini Adjassa Sanni en qualité de Oba Onikoyi Alajashé Abessan V.

Il est intronisé en 1972 à Ikoyi et puis à Oyó au Nigéria dans la stricte intimité. Il installe sa salle des audiences dans l’ancien palais du roi Onikoyi Idohu à Igbo Abessan (sis au quartier Attakè Sainte Anne) à Porto-Novo. Aucune manifestation publique ou annonce officielle concernant cet heureux évènement qui intéresse la communauté yoruba n’a pu être envisagée à cette époque. Toutefois, certaines personnalités yoruba et quelques dignitaires de la cour royale des Alladanou ont été informés. C’est pour cette raison que la régence a pris fin officiellement seulement en 1992, au début de l’ère du Renouveau Démocratique au Bénin.

L’origine de la collectivité « Anata Agbodjigui », gardiens du patrimoine culturel d’Anata et de la divinité Abessan:

Les familles de la collectivité « Anata Agbodjigui » sont les gardiens dépositaires (mais non propriétaires), et conservateurs du patrimoine culturel d’Anata dont la divinité Abessan , épouse défiée de Anata, et du trône royal de Anata sis à Ôkôro. Ils ne sont donc pas des descendants de Anata installés à Ôkôro

Les quatre personnages qui ont régné à Ôkôro (Akron) étaient les pères fondateurs, c’est-à-dire « les Rois » ou « Ahorou » (Ahôlou en langue goun) que envahisseur Tê Agbanlin, arrivé de Tadô a trouvés à Ajachè-Ilè (alias Jasin) à son arrivée dans cette localité pour fonder son royaume de Hogbonou en 1688. Selon Koukoui[1] le Porto-Novo des Portugais « était habité par des Nagos qui avaient leurs rois ».

Koukoui mentionne également ce qui suit « après, Ôkôro (Aklon ou Akron) n’eut plus que des chefs de famille qui n’avaient pas les mêmes attributions ni la même puissance que les Rois ». C’était le début de l’avènement des dépositaires (majordomes) du temple Abesssan et du Palais Royal de Anata. Les premiers étaient des Alladanou, puis suivirent les Gouns (Yoruba Awori).

En effet après la disparition miraculeuse du 4è roi de Okôro Alatè (que les Gun appelaient Atawé Zinguidi, Ahouanwa) en 1688, le roi Tê Agbamlin décida de faire garder le palais royal d’Okôro où se trouvait le couvent d’Abessan par ses partisans du grupe Alladanou. C’est ce qui explique que le temple Yoruba de Abessan est resté longtemps aux mains des Alladanou ou des Goun.

Ainsi, les Alladanou, puis les Goun, notamment les familles Padonou, et autres, (établis à Porto-Novo seulement en 1875), étaient les gardiens des cultes du site d’Ôkôro (Temple de Abessan et palais royal de Anata). Ce sont les « Arolé Abessan ». La plupart des membres des familles précitées sont des Yoruba locuteurs Goun communément appelés Yoruba Awori, population de pêcheurs ayant émigré de Ilè-Ifè.

Le nom Anata que porte la collectivité « Anata Agbodjigui » semble être une référence aux cas similaires observées dans certaines cours royales yoruba au Nigéria, dont les gardiens ajoutent le nom royal a leur propre nom.

En qualité de dépositaires de gardiens et de conservateurs de Abessan du Palais Royal d’Okôro les membres des familles de la dite collectivité ne peuvent pas réclamer leur appartenance à une quelconque couronne royale. Toutefois, les chefs de famille peuvent accéder à des titres de dignitaires, tels que  » Arolé Abessan » à la Cour royale de Anata.

La collectivité « Anata Agbodjigui » n’a aucune parenté avec les Onikoyi, puisque les familles de la dite collectivité ne sont que les dépositaires « les majordomes » des lieux sacrés du patriarche Anata qui possède son propre oriki.
________________
[1] – KOUKOUI, Charles « Comment les Gounnou sont devenus tenanciers du sol à Porto-Novo » in Etudes Dahoméennes n°8 Juin 1969)
[a]il faudrait plutôt utiliser  » ikoyi-ilé » afin de le differencier de ikoyi (autre fief des omo onikoyi qui se trouve a lagos)

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